Le champ des possibles
Est un collectif, un espace d’échanges et d’expérimentations, où enseignants, chercheurs et praticiens
réfléchissent ensemble aux mutations qui traversent l’Architecture.
Manifeste
Déclaration d’intention - 23/02/26 Collectif - Le champ des possibles
Cette déclaration d’intentions ouvre une trajectoire : faire de chaque transmission, de chaque geste, de chaque lieu, un champ des possibles.
Le monde se transforme ; l’ampleur et la vitesse des mutations sociales, environnementales et technolo- giques bousculent les repères sur lesquels l’Architec- ture s’est construite. La profession est actuellement marquée par une spécialisation excessive et une dé- légation croissante des responsabilités, ce qui fragi- lise la synthèse indispensable à la qualité des projets. Ces morcellements artificiels diluent les intentions fortes et bouleversent les hiérarchies du projet. Dans cette course à l’adaptation, un risque apparaît : celui de voir l’Architecture se fragmenter et s’effacer. En ré- action, nous revendiquons l’Architecture comme une discipline autonome avec sa propre cohérence. Elle est l’art de la synthèse, elle met en adéquation des exigences physiques, environnementales et sociales. L’architecte transcende les attentes initiales et trans- forme la réalité.
I. Penser et agir en commun
Être architecte, c’est penser, concevoir, dessiner, construire, écrire, transmettre, enseigner. Aujourd’hui plus qu’hier, relier théorie, pratique, enseignement, engagement social et environnemental est essentiel. Comment se saisir de toutes ces formes d’exercices ? Le collectif invite à réfléchir ensemble, à s’enrichir des pratiques de chacun·e et à encourager leurs hybrida- tions. Ensemble, traçons un chemin qui s’appuie sur la théorie et la pratique, débattons sur la mutation de la discipline et ses répercussions sur l’enseignement.
L’enseignement de l’Architecture repose traditionnel- lement sur des corpus, des méthodes pédagogiques, des outils autant que sur des thèmes susceptibles d’être renouvelés. Ces dernières années, les écoles d’Architecture s’intéressent aux enjeux liés à la tran- sition écologique comme le réemploi, l’utilisation de matériaux biosourcés ou encore la sobriété dans la construction.
Or, si ces enjeux contemporains sont essentiels, ils sont parfois enseignés comme des modules isolés, sans continuité et déconnectés des outils fondamentaux du projet architectural. Ces prises de conscience doivent révolutionner de manière systé- mique les contenus et les méthodes d’enseignement.
Mais l’Architecture ne peut se résumer à la mise en œuvre vertueuse de matériaux durables. Elle engage une responsabilité bien plus vaste : celle de transfor- mer durablement les lieux et les vies de ceux qui y ha- bitent. Dès lors, une question centrale se pose : com- ment intégrer ces nouvelles conditions sans affecter la dimension culturelle et théorique dans la formation des architectes ? Les mutations nécessaires de l’en- seignement ne peuvent pas prendre la forme d’une table rase. Les exercices fondateurs ; appréhender et manipuler la spatialité, lire un site, traverser les échelles, comprendre un usage, construire un détail ; restent le cœur de la formation des architectes. Dans ce contexte, la pédagogie doit elle-même devenir un terrain d’expérimentation. Les exercices sont vivants, ils doivent être testés, éprouvés, confrontés au réel, et évidemment partagés.
Ils passent dans plusieurs mains, se transforment au contact des enseignant·e·s, des étudiant·e·s et du territoire. La méthode n’appar- tient plus à un individu, mais à un collectif, et c’est cette circulation qui lui donne sa force.
Dès les années 1970, Bernard Huet déplorait l’absence de formation des enseignants et insistait sur la néces- sité d’une pédagogie spécifique pour l’apprentissage du projet. En 2025, apprendre à enseigner en école d’Architecture reste peu défini. Nous pensons qu’une pédagogie se construit dans l’observation et le dia- logue. Elle vise à construire une pensée, confrontée à des pratiques plurielles, dans un échange intergéné- rationnel permettant à la discipline d’évoluer. L’école devient alors un lieu où les idées se décantent, où les méthodes se transforment, où la pédagogie elle- même devient matière à réflexion. L’apprentissage de l’enseignement doit être progressif et accompagné, au sein d’une équipe où le débat permet à chacun d’ex- pliciter et de clarifier ses objectifs théoriques. Offrir aux enseignant·e·s en devenir un cadre où observer, essayer, se tromper, recommencer et ajuster leur posture est indispensable. Il nous paraît donc judicieux de mettre en place une formation spécifique.
Habiter l’Architecture
Le Champ des possibles ne cherche ni à établir une méthode, ni à figer une doctrine. Le collectif affirme que l’Architecture comme discipline autonome ne subsistera que si elle s’adapte, se transforme.Nous devons préserver sa cohérence en refusant sa dilu- tion dans la fragmentation des savoirs. Habiter l’Archi- tecture, c’est pratiquer et enseigner l’Architecture en reliant la pensée à l’expérience, l’expérience au terri- toire, et le territoire à la transmission. C’est réfléchir à cet apprentissage qui se construit dans la traver- sée des échelles, dans la friction avec le réel, dans la conscience des enjeux sociaux et environnementaux et dans la continuité des générations. C’est par ce tra- vail collectif, exigeant et situé, que l’Architecture peut subsister et évoluer.
Membres
Laurence Allegret,
Architecte DPLG, Fondatrice de Vaudou Allegret Architectes, Maîtresse de conférences à l'ENSA Paris-Val de Seine
Sébastien Blondiot,
Architecte HMO NP, Ébéniste, Maître de conférences associé à l'ENSA Paris-Val de Seine
Camille Boutemy,
membre du collectif, architecte et docteure en structures et matériaux, Camélia Architecture, ENSA Éco, Enseignante à l’ENSAPE et à l’ENSAPM
Lucas Coudart,
Architecte HMONP, Freelance
Ulysse Daufrene,
Architecte HMONP, Chartier Dalix
Romuald Fontaine,
Architecte HMONP, Fondateur de Romuald Fontaine Architectures
Julien Glath,
Architecte DE, Docteur en Structures et Matériaux, Maître de conférences associé à l'ENSA Strasbourg
Coralie Gruit,
Architecte HMONP, Fondatrice de Gruit architect
Soraya Haffaf : Architecte HMONP, Fondatrice de l'atelier Terres Terres, Maîtresse de conférences associée à l'ENSA Normandie
Estelle Poisson,
Architecte HMONP, Fondatrice de l’agence EST architecture, Enseignante à l'Académie des Beaux Art Libanaise et à l’Ecole Superieur d’Architecture de Beyrouth.
Marie Prel,
Docteure en Architecture, Architecte DE, Enseignante aux ENSA Paris-Val de Seine et Paris-La Villette
Manon Renault,
Architecte HMONP, Freelance
Marine Vauchez,
Architecte HMONP, Fondatrice de Traverse Architecture
Martine Weissmann,
Architecte DPLG, Architecte Conseil de l'État honoraire, Fondatrice de Léonard & Weissmann architectes, Ex Maîtresse de conférences en ENSA